Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 264 – Les manipulateurs manquent de câlins, et les décideurs leur servent le pays en guise de doudou

Il faudrait peut-être envisager une réforme radicale : avant d’accéder à une responsabilité publique, exiger un bilan affectif complet. Parce qu’il y a manifestement des individus qui ne cherchent pas à convaincre : ils cherchent à être aimés, applaudis, rassurés, obéis. Et lorsqu’ils ne trouvent pas cette tendresse dans la vie réelle, ils la fabriquent à grande échelle avec de la propagande.

La propagande, après tout, est une technique d’action psychologique destinée à influencer, endoctriner ou embrigader l’opinion publique ; elle exploite les émotions, les biais cognitifs et le conformisme pour produire l’adhésion. Autrement dit : quand on ne sait pas se faire aimer naturellement, on peut toujours acheter des slogans, financer des campagnes et faire vibrer les cordes de la peur.

Ces grands manipulateurs ont souvent le même profil : une assurance de façade, un vocabulaire grandiose, une sensibilité de porcelaine et un besoin permanent de validation. Ils ne supportent pas la contradiction, pas parce qu’ils auraient raison, mais parce qu’un « non » leur rappelle brutalement qu’ils ne sont pas universellement adorés. Alors ils transforment le débat public en séance de câlinothérapie inversée : ils exigent des caresses morales, des marques de respect automatiques et une adhésion enthousiaste, sinon c’est la crise, l’outrage, la stigmatisation, le procès en intolérance.

Le plus drôle, c’est que la câlinothérapie existe réellement : pratiquée dans un cadre consenti, le contact bienveillant peut réduire le stress et favoriser un sentiment de sécurité. Mais nos manipulateurs préfèrent une version beaucoup moins coûteuse pour eux : se faire câliner par l’ensemble de la société, sans consentement, sans réciprocité et avec facture à la clé.

– https://www.tf1info.fr/sante/ce-geste-de-tendresse-serait-un-rempart-contre-l-anxiete-les-douleurs-et-la-depression-selon-la-science-2346660.html

– https://www.caminteresse.fr/vie-pratique/quest-ce-que-la-calinotherapie-11165808/

Face à eux se dressent ceux qui prétendent exercer des responsabilités. Théoriquement, ils devraient protéger les citoyens, arbitrer, trancher, assumer. En pratique, beaucoup découvrent soudain une vocation de standardiste émotionnelle : leur mission n’est plus de servir l’intérêt général, mais d’éviter que Monsieur ou Madame Manipulateur ne fasse une colère.

Ils disent oui avant même d’avoir compris la question. Ils financent, ils communiquent, ils organisent des comités, ils rédigent des chartes. Ils confondent écoute et soumission, dialogue et capitulation, inclusion et peur de déplaire. Le résultat est toujours le même : ceux qui crient le plus fort obtiennent l’attention, ceux qui travaillent obtiennent des procédures, et ceux qui subissent obtiennent un formulaire de réclamation.

La faiblesse de ces décideurs n’est pas seulement la lâcheté. C’est aussi une forme de paresse intellectuelle : gouverner demande du courage, des choix, des explications et des ennemis. Flatter un manipulateur, en revanche, ne demande qu’un communiqué, une subvention et une petite phrase compatissante.

Alors le pays avance, ou plutôt recule, au rythme des caprices de quelques-uns et de la servilité de quelques autres. Les citoyens, eux, reçoivent des discours sur l’unité, la bienveillance et le vivre-ensemble — souvent prononcés par des gens incapables d’appliquer la moindre bienveillance à ceux qui ne partagent pas leur vision.

Il faudrait donc leur offrir autre chose que des tribunes et des micros : un vrai câlin, consenti, long de vingt secondes, avec ocytocine, baisse du cortisol et retour progressif au réel. Parce qu’un câlin, cela apaise. Une propagande, cela anesthésie. Et confondre les deux, c’est exactement le métier de ceux qui veulent être aimés sans jamais mériter la confiance.

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